Pourquoi auto-éditer?

Le choix de l’indépendance

Mangrove – crédit photo Audrey Chapot

 

Pourquoi choisir d’être auteur indépendante autoéditée ?

Rien de prémédité à cela.

La question du choix du type d’édition m’a longtemps taraudé, considérant longuement les avantages et les inconvénients de chaque alternative, cherchant les éléments peut-être non pris en considération, arbitrant encore et encore entre différents points de vue.

Comme souvent dans mes cheminements, ce sont les expériences, les rencontres et les concours de circonstances qui m’ont menée vers ce choix désormais établi.

A ce jour, à l’été 2022, j’ai publié quatre ouvrages et d’autres sont en préparation. J’ai privilégié l’autoédition pour le premier livre « L’Esprit des mots » suite aux réactions frileuses des éditeurs contactés : je ne rentrais pas dans leurs cases, ni de style d’ouvrage, ni de lectorat identifié. Je ne répondais surtout pas à leurs attentes puisqu’au lieu de proposer des réponses aux lecteurs, mon propos était plutôt d’ouvrir sur de nouveaux questionnements.

D’abord publié via BoD (Books on Demand), je réalisais rapidement que cette formule n’avait d’autoédition que le nom ; juridiquement, BoD est une variante allégée d’un éditeur classique, une sorte d’hybride entre l’édition conventionnelle et l’autoédition. (Je reviendrai sur ce sujet de manière plus complète et plus détaillée ultérieurement sous un autre format.)

Depuis maintenant 6 ans que j’ai débuté une veille active sur le domaine, j’ai eu l’occasion de riches échanges avec des auteurs, des éditeurs et des professionnels agents littéraires et journalistes qui me montrent à quel point l’autoédition est une pratique encore à la marge et toujours aussi peu reconnue en France.

Seule l’édition classique ferait suffisamment le poids. L’argument avancé quasi-systématiquement « d’être édité par un éditeur » serait de bénéficier d’une reconnaissance officielle et de légitimité professionnelle là où l’autoédition n’est pas encore entrée dans les mœurs en France.

Le second argument principal serait de permettre à l’auteur de se concentrer sur l’écriture là où l’éditeur s’occuperait de tout le reste de la chaine de production et d’exploitation.

Être accepté par une maison d’édition serait donc un privilège qui ne se refuse pas, autant qu’un choix stratégique indéniable.

Quel est donc le prix de ce prestige ?

Dans les faits, la plupart des auteurs avec qui j’ai pu échanger sont déçus des prestations réelles actuelles comparées à celles initialement annoncées ; ils sont également unanimes sur leurs faibles droits d’auteurs versés. D’un autre côté, considérant les marges habituelles demandées par chaque corps de métier intermédiaire, il semble que l’auteur ne bénéficie que des reliquats là où c’est pourtant bien lui qui est à l’origine créateur du contenu du livre !

Dans les faits encore, je constate que la qualité des ouvrages ne dépend pas de son mode d’édition, ni de la promotion qui en est faite : j’ai lu d’excellents ouvrages auto-édités et sans promotion, et de piètres livres édités par des maisons reconnues sous battage médiatique.

Je crois que l’écriture peut suivre ce que la musique a montré depuis des années, à savoir que d’autres modes de diffusion existent en dehors des présélections des majors, en limitant ainsi les intermédiaires, leurs filtres et leurs marges. Dans certains pays, ces voies alternatives pour les écrits sont déjà largement vulgarisées et reconnues, là où la France persiste dans ses conventions traditionnelles.

Depuis mon premier ouvrage en 2019, j’annonçais donc posément et régulièrement autoéditer sans exclure pour autant un éventuel futur partenariat d’édition. Comme dit précédemment, j’avais proposé certains de mes écrits à diverses maisons d’édition ; plusieurs éditeurs et responsables de collection (que je n’avais pas sollicitées) m’ont également contactée pour me proposer une collaboration sur un ouvrage déjà paru ou un autre en projet.

En réalité, j’en viens aujourd’hui à reconnaitre que chaque échange sur ces sujets conforte l’évidence intérieure déjà présente : celle de volontairement continuer l’autoédition, chaque fois de manière plus artisanale et plus professionnelle à la fois.

Précision importante : Lorsque je parle d’autoédition, je ne confonds pas avec l’édition conventionnelle (sous contrat d’auteur, « engagement et prise de risque » pour l’éditeur en échange de droits d’exploitation des œuvres), ni avec l’édition à compte d’auteur (où l’auteur paie une maison d’édition pour se faire éditer sans que l’éditeur ne prenne de risque financier). Je parle du fait de créer mon propre label d’édition, de m’occuper de toute la ligne préproduction, de postproduction et d’exploitation, incluant la création, le dépôt légal, le référencement, la diffusion, la distribution, la communication, les relations média, à l’exception de l’impression chez l’imprimeur (soit à ce jour « TheBookEdition » qui n’est comme son nom ne l’indique pas un imprimeur spécialisé dans l’impression à la demande, en aucun cas un éditeur).

Sans être exhaustive, et compte tenu de mes attentes, besoins personnels et de mon mode de fonctionnement, certains avantages majeurs s’imposent. Chacun voyant midi à sa porte, ce que je considère comme avantages peut être considéré comme inconvénients pour d’autres.

Parmi ceux-ci :

  • Pas de concession, pas de recherche de rentabilité vis-à-vis d’un éditeur externe établi, pas de standardisation par rapport à ses ouvrages précédents pour coller à son identité
  • Sans cession de droits d’auteur, je suis l’unique « propriétaire », « exploitant » et pilote à bord, décidant de chaque point à chaque étape (autant que de leurs conséquences, fructueuses ou pas), que ce soient le texte, le format, la mise en page, la couverture, les canaux et modalités de distribution entre autres…
  • L’ensemble de ces activités constitue un terrain d’expérimentation extrêmement stimulant, créatif, artisanal voire artistique
  • Gain de temps et liberté totale à ne pas avoir besoin de coller à une ligne éditoriale extérieure ; la mienne est de diffuser ce que j’ai à diffuser, avec des types d’ouvrages variés, chaque fois à multiples focales ou portes d’entrée sans avoir besoin d’entrer dans des cases préétablies
  • Ne pas me conformer au marché existant, mais mettre à disposition les sujets qui m’intéressent, à ma manière, qu’ils plaisent ou non, qu’ils répondent ou non aux attentes des lecteurs. A eux d’en disposer ou pas
  • Riches apprentissages en continu sur de nombreux secteurs d’activité, avec de nombreux interlocuteurs : mon côté touche-à-tout est sans cesse stimulé et je trouverais désormais frustrant et ennuyeux de « me limiter » à l’écriture. Mes compétences, savoir-faire et relations s’étoffent, la satisfaction recueillie me nourrit sans m’épuiser (pour le moment en tout cas)
  • Choix des canaux et modalités de communication, de médiatisation et de diffusion, et possibilité de tester, de renoncer ou de persister pour chacun de ces choix
  • La production à la demande (qui permet des impressions à l’unité, en quantités restreintes ou importantes) évite le pilonnage des invendus, contrairement aux pratiques historiques des éditeurs. Pas de contribution à un gaspillage effréné de papier et d’encre pour produire des invendus sous prétexte de gagner initialement en coûts de production. Pas de rupture de stock non plus (contrairement à ce que certains sites de vente en ligne mastodontes et librairies nationales affichent pour pousser les auteurs à contractualiser avec eux)
  • Nul besoin de rentabiliser quoi que ce soit à très court terme : mes thématiques et contenus ne répondent pas à des effets de mode et traitent de sujets de fond. mes ouvrages seront encore pertinents dans les années à venir
  • Comme pour l’alimentation ou mon mode de vie au quotidien, je privilégie les circuits courts et l’absence d’intermédiaires chaque fois que possible : pour le moment, je ne sous-traite que l’imprimeur, ai expérimenté une agence de communication (satisfaisant), envisage à la place un attaché de presse. Je m’occupe personnellement du traitement des commandes; je me chargeais des envois (avec dédicace sur demande), ce que j’ai délégué à la sphère familiale depuis mon installation en Côte d’Ivoire
  • Gestion personnelle de la date de parution de chaque ouvrage, ce qui me permet de réduire les délais habituels du secteur et de gérer à ma guise les périodes d’écriture, de recherches et de promotion
  • La vente directe des livres sur mon site permet un contact simple et apprécié par les lecteurs et l’auteur. Nos échanges par mail en cours et après lecture avec certains sont très stimulants et conviviaux. Cette proximité et cette accessibilité mutuelle offrent une précieuse qualité de relation entre auteur et lecteurs. Ceci n’empêche pas les commandes des libraires, de plus en plus nombreuses, mais la plupart du temps moins personnalisées et plus commerciales
  • Visibilité totale des frais, coûts et choix financiers sur tous les champs de production, diffusion et distribution en fonction des canaux, pays et modalités de vente et de distribution. Je peux me permettre de rogner volontairement sur ma marge avec une participation unique aux frais d’expédition, qu’il s’agisse d’envois nationaux ou des coûts exorbitants pour les envois à l’étranger.
  • Visibilité en temps réel des commandes en fonction des prises de parole ou articles par exemple, ce qui me permet d’identifier les retombées réelles de mes différentes interventions et d’arbitrer au fur et à mesure ce que j’estime cohérent
  • Peut-être moins de ventes au départ (ce qui n’est pas garanti) mais une « rentabilité » basée sur des critères différents que je peux moduler pour certains ; certains financiers, d’autres satisfactions ne seront jamais économiques

 

Ainsi, ce choix d’autoédition correspond-il à ma manière de contribuer, d’agir pour faire bouger les lignes, pour secouer les mentalités encore trop rigides, pour montrer qu’il existe d’autres manières de faire.

Inutile donc de choisir un nom différent pour cette structure de « maison d’auto-édition »; ma posture implique d’afficher naturellement mon patronyme.

Voici donc ma manière de rompre avec les modèles économiques établis et que j’estime dépassés car ni respectueux du contenu créatif des auteurs, ni respectueux d’un partenariat équitable entre les parties où l’auteur est de fait relégué à un simple sous-traitant d’un écosystème où dominent encore l’éditeur, le diffuseur et le distributeur.

Parce que je ne parviens toujours pas à être convaincue des arguments avancés par les éditeurs avec lesquels j’ai échangé jusqu’à aujourd’hui, parce que je vois d’emblée ce que je perdrais sans percevoir de contrepartie satisfaisante, parce que je ressens systématiquement d’abord le lien commercial avant toute relation de confiance, pourtant indispensable à un partenariat pérenne, l’autoédition est, à ce jour pour moi, la formule actuelle la plus évidente et la plus satisfaisante.

Elle m’apporte totale latitude et complète autonomie pour chacun de mes écrits. Qu’elle échappe encore aux conventions et règles établies de la profession de l’édition m’importe peu. Elle n’est pas une solution par dépit, mais bien une part choisie, assumée et pleinement satisfaisante de mes activités.

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