(kayak dans la mangrove)

 

Il y a un an, dans la nuit du 18 au 19 septembre 2017, le cyclone Maria passait sur la Guadeloupe. Irma venait de dévaster les îles du Nord, José n’était pas loin, et nous nous préparions tous, encore une fois.

 

A chaque alerte se posent les mêmes questions : Allait-il suivre la trajectoire annoncée ? Dévier ? Serions-nous « simplement » en alerte maximale ? L’évidence s’impose : dans le doute, il faut se préparer.

 

Cette date marque pour moi une rupture dans mes 3 ans de vie en Guadeloupe. Il y a un avant et un après. Tout est à la fois pareil qu’avant, et c’est en même temps totalement différent.

 

Trois raisons à cela :

  • Parce que, tout d’abord, l’ampleur de ce type d’événement climatique marque quiconque en vit dans son existence.
  • Parce qu’une signature visible et invisible s’imprègne dans le quotidien.
  • Parce que ma relation avec l’île qui m’accueille s’est transformée.

 

L’événement passé, au petit matin du 19 septembre, le vent soufflait encore très fort, il avait plu presque 2m d’eau dans la nuit. L’heure du constat matériel s’impose. Je me rappelle le temps passé, muette et vidée, à découvrir l’état du jardin. Je errais dans la sidération. Les cocotiers étaient au sol, les plantes et arbres arrachés à terre. Des confettis de feuilles mouchetaient le crépi de la maison, la clôture était arrachée. Je ne sais pas combien de temps je suis restée à faire le tour de la maison, peut-être 10 min ou 1h, et puis j’ai fait le tour de la maison et jeté un regard dans le voisinage. L’alerte était toujours activée. J’ai constaté les dégâts sur le bâtiment : la toiture avait bougée, soulevée par les vents, le reste était minime, par chance, la construction solide. J’ai alors tenté d’appeler mon mari (à distance à ce moment) et la famille pour les rassurer, et puis commencé à nettoyer, déblayer, couper, remettre en état. Cela a duré plusieurs jours. Dans l’île, il fallait traiter l’essentiel : déblayer les voies de communication, remettre l’eau et l’électricité, et puis nettoyer, chacun de son côté et collectivement pour la communauté.

 

Le rythme quotidien habituel repris très vite, l’air de rien après 48h (même si tout n’était pas rétabli), mais les amoncellements de branches, les arbres à terre, les poteaux électriques pliés… rappelaient l’événement. Cela a duré des mois. Les encombrants et déchets verts jonchaient les bas-côtés. Les travaux se sont faits, certains restent à faire (pendant combien de temps ?…)

 

Pourquoi cette date marque un avant et un après ?

Avant Maria, la nature m’était généreuse et je m’y ressourçais chaque jour : la forêt tropicale, la rivière, la mer, la savane, la mangrove. Rencontres indispensables à mon équilibre, je me ressourçais, me nourrissais et me délectais de ces paysages, de cette diversité, de la faune et de la flore grouillants partout.

Après Maria, j’étais lessivée de constater les traces de l’ouragan sur la nature environnante. La forêt était impraticable, les animaux s’étaient terrés et avaient comme disparu, les fonds marins ressemblaient à un champ de bataille, gris avec une épaisse couche de branchages et de feuilles, des zones étaient inondées.

 

Je me suis dit que cela passerait, et que la nature reprendrait sa vigueur. Bien évidemment ! Ce que j’avais sous-estimé pour la nature, c’est le temps nécessaire à cela et l’imperceptible adaptation indispensable pour « reprendre son rythme ».

Certes, sous climat tropical, le jardin semblait splendide 3 mois plus tard. Mais la forêt, la mangrove ont besoin de beaucoup plus de temps. Les animaux avaient changé leur comportement, les magouilla (gecko), les anolis (lézards vert vif) et les oiseaux se sont montrés timides avant de revenir nous voir, les crapauds s’étaient cachés et les grenouilles chantaient moins (car en Guadeloupe, les grenouilles chantent!). Cela a duré quelques jours, et puis nous avons tous repris nos habitudes de cohabitation.

Certaines espèces ont beaucoup plus souffert : les floraisons étaient chamboulées, les abeilles avaient en partie disparu (les apiculteurs ont perdu un an de production de miel).

Après Maria, nos promenades régulières se sont modifiées, plus vers la mer et moins vers la forêt. Le poil à gratter en forêt est resté actif pendant au moins 3 mois (ce qui est clairement handicapant !). Et puis, les paysages ont totalement changé, je ne reconnaissais pas certaines traces habituelles, le sol était instable par endroit, les magnifiques frondaisons avaient disparu.

 

Notre moral était différent, notre entrain aussi. Une sorte de fatigue sourde nous habitait.

 

J’ai quitté la Guadeloupe cet été sans avoir retrouvé les émotions d’avant Maria en nature. J’en ai trouvé d’autres, tout aussi agréables, bien que différentes. J’ai profité jusqu’au bout de chaque découverte, chaque promenade, connue et nouvelle. Mais la nature n’avait pas encore retrouvé sa vigueur et son apaisement, presque un an après. Elle travaillait toujours à se reconstruire.

 

J’ai analysé et digéré l’événement. J’ai trouvé dans les réactions de la nature les mêmes composantes que pour nous tous, lorsque nous traversons de lourdes transitions de vie, qu’elles soient imposées ou choisies : changement de poste, reconversion professionnelle, séparation, deuil, naissance, départ d’un enfant, déménagement, expatriation, retour au pays, procès… (effet décuplé en situation multiple, lorsque plusieurs de ces transitions se combinent !)

 

Chaque événement marquant est un passage de cap, un carrefour inévitable dans notre chemin de vie, avec un choix : s’adapter ou subir.

J’accompagne les personnes qui choisissent d’apprendre à s’adapter plutôt que de subir ou laisser faire.

 

S’adapter, c’est un défi, une profonde remise en question et une opportunité à saisir.

S’adapter permet de transformer cet événement marquant en tremplin vers quelque chose que vous choisissez et construisez, pas à pas.

S’adapter, c’est savoir rebondir. Faire le tri, éliminer ce qui dérange, changer de perspective pour s’appuyer sur ce qui fait sens pour nous, ce qui nous importe. C’est trouver une manière d’agir avec notre environnement qui s’impose à nous, en continu.

C’est aussi identifier nos priorités, les renforcer ou les moduler.

S’adapter, c’est un travail de transformation intérieure qui permet de prendre de l’élan.

C’est une invitation à renforcer la relation que nous souhaitons entretenir avec nous-même et avec notre environnement.

 

Si vous aussi, vous traversez une profonde transition de vie, imposée ou choisie, et que vous voulez apprendre à vous adapter pour en tirer le meilleur, contactez-moi. Je vous accompagne.

 

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