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Faire son nid

(Article initialement publié le 11 février dans lepetitjournal.com, le site pour les expatriés français et les francophones dans le monde: accès direct ici)

Un retour d’expatriation, c’est une double épreuve, même lorsque ce retour est souhaité et anticipé. Ce constat est quasi systématique : c’est rentrer chez soi sans s’y retrouver et sans y être reconnu. 

Le retour au pays est si souvent négligé, alors que les effets peuvent être dévastateurs. Alors pourquoi cette situation ? Et comment faire pour s’y préparer le mieux possible, pour limiter les effets pervers du retour ?

Très régulièrement, les personnes qui me contactent pour que je les accompagne dans leur évolution ou leur reconversion professionnelle vivent une transition professionnelle depuis leur retour d’un séjour à l’étranger, parfois depuis plusieurs années ! Ils ne comprennent pas pourquoi ils se sentent instable, ni comment retrouver leur place. Ce qu’ils vivent est normal, mais sous-estimé, voire ignoré.
 

Le retour au pays est souvent une expérience violente

En effet, vivre à l’étranger, c’est un voyage très particulier, un bond spatio-temporel qui remue et transforme profondément. De « retour au pays », la violence du décalage entre nous et eux émerge ou explose selon les personnes ; on ne reconnaît plus ni le pays que l’on avait quitté, ni notre entourage, ni les mentalités, ni les habitudes locales. Les témoignages sont souvent similaires : Nathalie explique que « se sentir étranger dans son propre pays est un constat amer » ; pour Marie-Laure, « le retour est chaque fois violent ; il existe une entraide aveugle à l’étranger et pas du tout dans son propre pays. Cette solitude pèse. Je n’arrive plus à retrouver ma place dans mon pays d’origine. » ; Mathilde dit « se sentir à l’étroit à nouveau, avec l’impression qu’il faut se replier dans une boite devenue trop petite. » Jean-François précise que « le plus dur après un retour est d’être pris en France pour un français alors que l’on raisonne différemment. Un étranger est pris pour un étranger, donc ses attitudes, remarques et comportements sont acceptés parce qu’il est étranger. Un français non, il doit se comporter comme les autres français, et là est la frustration. »

Car un retour impose de vivre un double deuil : celui du pays et de la vie quotidienne que l’on vient de quitter, cumulé à celui du souvenir de notre pays d’origine et de notre vie d’avant. Sans ces deuils aboutis, nous restons dans une sorte d’errance, tel un apatride, en déconnexion totale avec nous-même, à chercher notre place et notre identité dans notre pays d’origine.

Le retour, c’est avant tout une nouvelle expatriation

En général, le retour au pays est synonyme de démarches administratives, d’aléas logistiques, de nouvelle intendance à mettre en place, d’emploi à trouver ou d’activité professionnelle à créer, d’école à rechercher pour les enfants. C’est effectivement incontournable, mais tout comme nous nous organisons pour reconfigurer un nouveau lieu de vie et mettre à jour notre situation administrative, nous devons conjointement nous préparer intérieurement au retour au pays : se préparer à laisser ce qui nous plait et ceux qui nous entourent au quotidien, et se préparer à vivre une nouvelle expatriation.

Ce n’est pas un retour à la case départ, c’est une arrivée dans un nouveau monde qui nous est devenu étranger ! Les phases de joie, de plaisir, de confort alternent avec celles d’agacement, d’incompréhension, de déni de cette nouvelle réalité, de lassitude voire de déprime avant de retrouver son rythme et de se sentir à nouveau à l’aise.

Certains mènent leur barque seul dans ce périple, d’autres préfèrent être épaulés pour limiter la fatigue et la dépense d’énergie, pour réduire et mieux vivre le temps nécessaire à l’adaptation, pour décoder les incompréhensions vécues, pour finalement mieux vivre son retour au pays.

Entre nostalgie du pays et retour contraint, chaque cas est unique.

Evidemment, au delà du portrait générique, chaque situation colore différemment les facilités et difficultés du retour : les conditions d’expatriation et les conditions de séjour, à la fois professionnelles et personnelles doivent être prises en compte, tout autant que les conditions de retour.

Certains connaissent d’emblée leur durée de séjour à l’étranger et savent où ils rentreront, d’autres pensent être définitivement partis et se retrouvent surpris à l’idée de revenir dans un pays qu’ils pensaient avoir définitivement quitté. Certains ont la nostalgie du pays, de leur famille et de leurs amis, du climat, de l’environnement et veulent rentrer, comme Carine qui conclut « mes racines me manquent, même si je me plais ici. Je ne peux pas continuer avec ce manque en moi.» D’autres subissent leur retour car ils préfèreraient ne pas quitter leur vie épanouie à l’étranger, comme pour Emma « c’est le retour qui m’est insupportable ; je ne m’y ferai jamais. » Certains rentrent par obligation, pour suivre leur conjoint ou bien pour retrouver leur équilibre personnel après une séparation comme Anne-Laure qui synthétise que « la famille a explosé ».

Quelles que soient les raisons du retour, voulu ou subi, la vie que vous retrouverez ne sera pas celle que vous aviez quittée il y a un, deux, ou vingt ans, et vous avez tout à reconstruire patiemment. En plus de votre contexte à prendre en compte, vos motivations réelles et votre investissement influencent fortement la qualité de votre retour et de votre réadaptation.

Le retour, c’est tout réapprendre de sa culture d’origine

Chaque changement de lieu et de mode de vie est une expérience enrichissante et fragilisante à la fois. Chacun passe par une étape de déracinement d’entre les deux vies, celle d’avant et celle à construire : faire face à la nouveauté et au déphasage du quotidien, gérer une nouvelle forme de solitude, se reconnaître dans sa culture d’origine et se redéfinir en environnement décalé, prendre soin de soi. C’est aussi de l’excitation, des choix de vie, des contacts au sein de nouvelles communautés (d’ex-expat par exemple).

Le retour, c’est expérimenter la résilience, que Boris Cyrulnik décrit comme « ce processus qui nous tricote sans cesse avec notre entourage », c’est en fait une opportunité de renouveau pour refaire son nid.

Pour ceux qui souhaitent un éclairage ou un accompagnement pour se préparer et mieux vivre leur retour au pays, plus d’informations sur : www.audreychapot.com

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